Musée d'art moderne et contemporain de Saint-EtienneSaint-Etienne Méetropole
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Delph750
Le 30 mars 2012.

"Super cette rubrique ressources. J'ai pu faire plusieurs recherches très différentes afin de préparer une séance d'arts visuels pour ma classe de CM1. Du coup, je pense les emmener en visite au Musée l'année prochaine, en CM2.".
 
 
 
contenu destiné au public adulte
Roselyne Titaud, inszenieren
Source : Département des publicspublié le 13 juin 2015

Roselyne Titaud, Ohne Titel, Korallen, Museum Rosenstein (Sans titre, Coraux, Musée Rosenstein), Stuttgart, 2010. 15 x 15 cm.

Roselyne Titaud, Ohne Titel, Die Fensterrose, Das Oktogon (Sans titre, La Rosace, L’Octogone), Berlin, 2011. Collection MAMC, Saint-Étienne. Photo : Yves Bresson.

Roselyne Titaud, Ohne Titel, Tiefe, Weinberg Park (Sans titre, Profondeur, Parc de Weinberg), Berlin, 2011. 60 x 60 cm.

Roselyne Titaud, Chinesisches Vase, Wunderkammer (Vase chinois, Cabinet de curiosité), Berlin, 2015. 20 x 25 cm.

Roselyne Titaud, Ohne Titel (Sans titre) Berlin, Marzahn, 2013. 30 x 30 cm. Collection de l’artiste.


> http://roselynetitaud.fr/

 

 

 

Roselyne Titaud est une photographe française, née à Aubenas en 1977. Diplômée de l’École des Beaux-Arts de Saint-Étienne en 2001, elle réside à Berlin depuis 2010. Cette exposition présente des photographies extraites de différentes séries réalisées entre 2010 et 2015. Parmi elles, "Das Oktogon" (L’Octogone), dont quatre photographies appartiennent à la collection du Musée.

INSZENIEREN OU LES DISPOSITIONS PARTICULIÈRES

Si le titre de l’exposition est difficilement traduisible, il exprime toutefois l’idée de mettre en scène, d’organiser ou d’orchestrer. En effet, le travail de Roselyne Titaud révèle une fascination pour les intérieurs domestiques. Dans l’intimité des espaces privés, les objets qu’elle photographie deviennent des "portraits en creux"1 d’individus absents. Les qualités de ces objets et leurs dispositions
particulières sont représentatives d’un milieu social. Elles font ressortir la personnalité des habitants et leurs centres d’intérêts.
La photographe s’intéresse également à d’autres mises en scène : la mise en spectacle des collections et leurs parures de verre dans le musée d’histoire naturelle à Stuttgart ; le ballet des algues dans un bassin du parc de Weinberg à Berlin ; la mélodie de l’épais tapis de velours, classique et grandiose, dans l’entrée du Grand Hôtel de Berlin. Enfin, dans la Cité du Fer à Cheval2, une rampe d’escalier s’expose comme une harpe. Par le jeu des points de vue et la mesure des cadrages, la photographe devient chef d’orchestre.


RÉVÉLATION DE L'IMAGE ET SOUVENIRS IMPALPABLES

Roselyne Titaud travaille avec la photographie argentique. Elle explique : "L’argentique suppose une temporalité et une économie spécifique ; l’image se forme dans le viseur de l’appareil, elle s’efface devant la prise de vue qui suit. Elle ne deviendra présence effective qu’au moment du tirage."3 Dans le catalogue "Ordre/s", elle explicite le contexte de ses photos d’intérieur : "Mes sujets n’ont rien à voir avec l’instant, ils racontent quelque chose d’autre, quelque chose qui s’est arrêté, pas seulement dans la photographie, mais aussi dans la réalité".4 Pendant son enfance, la photographe change fréquemment de domicile : ces constants déplacements d’objets aiguisent son regard. Ses photographies sont composées selon une méthodologie rigoureuse. Cette exposition mêle des images issues de différentes séries ; des liens nouveaux se tissent entre elles. Ils offrent de possibles relectures de ces mises en scène.


DÉCOUPE DES CADRAGES ET AURA DES LUMIÈRES

L’œil de Roselyne Titaud est incisif. Elle a été notamment influencée par les photographes allemands Bernd et Hilla Becher (1931-2007 / 1934) et par le photographe américain Walker Evans (1903-1975). Ses cadrages sont exécutés avec une extrême précision. Ils introduisent un espace qui se trouve en dehors de l’image : le hors-champ5. Les objets coupés par le cadre deviennent des fragments qui s’assemblent aux différents plans de l’image. Dans la série "Korallen" (Coraux), elle positionne son appareil pour qu’il capte ce qu’elle souhaite inclure dans l’image, en décalage avec le contour des vitrines d’exposition. La découpe des cadrages fait écho à la découpe des écrins de verre sur lesquels se reflètent et miroitent des lumières.
Paradoxalement, l’image est fixée sans être figée. Dans la série "Wunderkammer" (Cabinet de curiosité), des détails insoupçonnés finissent par attirer l’œil : une poignée de porte relevée, un fil électrique, un interrupteur manquant, un thermostat de radiateur.
L’intensité émotionnelle ou affective suscitée par ces objets et autres curiosités est mise en valeur par l’attention aux subtilités des déclinaisons de la lumière. Elles évoquent celles des natures mortes de la peinture hollandaise du XVIIe siècle ou les peintures de J. S. Chardin (1699-1779) que Roselyne Titaud apprécie. Ces lumières apparaissent comme des auras, intenses et pâles, froides et duveteuses, épaisses comme les brumes, opaques parfois. Elles inspirent l’idée d’un calque.


REPRÉSENTER LA REPRÉSENTATION

Cette interrogation sur le monde s’explicite dans certaines des photographies qui dévoilent les limites de l’espace de représentation. Au jeu du hors-champ s’ajoute celui de la mise en abyme6. Des pingouins factices sont installés devant une image de fond, une banquise brillante et immaculée. De même, des particuliers installent leurs meubles et bibelots devant des paysages de jungles luxuriantes ou de plages paradisiaques. Roselyne Titaud pointe le caractère artificiel de ces paysages photographiques qui deviennent un décor pour rejouer des fictions entremêlées à la réalité. Ainsi, la photographie nous interpelle par sa capacité d’artifice.
Dans l’intimité des espaces privés ou publics, notre regard est invité à percevoir les codes qui prédominent dans la construction de nos environnements. Le faux-semblant des sujets n’est jamais occulté. Un bourdon pelucheux, de taille démesurée, est faussement agrippé par des fils nylon à un iris en résine. La photographie nous donne les indices nécessaires pour que nous ne nous laissions pas leurrer par l’esthétique du kitsch7.
Des petits arrangements du quotidien aux mises en spectacles des musées ou des architectures, les photographies de Roselyne Titaud entraînent notre regard au-delà de l’artifice des apparences, vers une restitution plus sincère de ce qui relève de notre humanité.


(1) Interview de Roselyne Titaud disponible sur le site "L’Œil dans sa poche" en 2009.

(2) La Cité du Fer à Cheval (Hufeisensiedlung) est située à Berlin. C’est un ensemble de logements sociaux construit au début du XXe siècle par l’architecte Bruno Taut (1880-1938).

(3) Roselyne Titaud, interviewée par Martine Dancer-Mourès, (commissaire de l’exposition), 2011.

(4) Jean-Baptiste Joly, citation de Roselyne Titaud, in « Roselyne Titaud, Solitude quotidien / Alltäglich », catalogue d’exposition co-édité par l’Akademie Schloss Solitude et l’Association Des Écoles supérieures d’art de Rhône-Alpes (ADERA), 2010.

(5) Le hors-champ est ce qui se situe et existe hors de l’image : dans l’espace (des objets coupés par le cadrage semblent se poursuivre), dans le temps (ce que l’on imagine qu’il puisse se passer avant ou après l’image), ou dans le contexte (social, politique, historique…).

(6) La photographie dans la photographie.

(7) Caractère esthétique d’oeuvres et d’objets, souvent à grande diffusion, dont les traits dominants sont l’inauthenticité, la surcharge, le cumul des matières ou des fonctions et souvent le mauvais goût ou la médiocrité.



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