Musée d'art moderne et contemporain de Saint-EtienneSaint-Etienne Méetropole
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Avis de
Delph750
Le 30 mars 2012.

"Super cette rubrique ressources. J'ai pu faire plusieurs recherches très différentes afin de préparer une séance d'arts visuels pour ma classe de CM1. Du coup, je pense les emmener en visite au Musée l'année prochaine, en CM2.".
 
 
 
contenu destiné au public adulte
Pierre Seinturier, I want to believe
Source : Département des publicspublié le 15 décembre 2015

Pierre Seinturier, "They left in a hurry", 2015. Pastel à l’huile sur papier marouflé sur carton, 265 x 200 x 150 cm. Courtesy Galerie GP & N Vallois, Paris. © ADAGP, Paris 2015.

Pierre Seinturier, "Wanna take a bath ?", 2015. Pastel à l’huile sur papier, 111,5 x 143 cm. Collection Franck Bensusan. Courtesy Galerie GP & N Vallois, Paris. Photo : Aurélien Mole. © ADAGP, Paris 2015. 

Pierre Seinturier, "O' Lord... this is really... exciting’’, he thought as he stood there, watchin’em'", 2015. Pastel à l’huile sur papier, 130 x 195 cm. Collection particulière. Courtesy Galerie GP & N Vallois, Paris. Photo : Aurélien Mole. © ADAGP, Paris 2015.

Pierre Seinturier, "Hell (6,66km)", 2014. Encre de japon sur papier Thaïlandais, 140 x 100 cm. Collection particulière. Courtesy Galerie GP & N Vallois, Paris. Photo : Aurélien Mole. © ADAGP, Paris 2015.

Pierre Seinturier, "In the twilight zone of his own secret thoughts", 2015. Crayon de couleur sur papier et pierre noire, 29,7 x 21 cm. Courtesy Galerie GP & N Vallois, Paris. © ADAGP, Paris 2015.

 

 

 

Créé en 2009, le Prix des Partenaires(1) du Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole est décerné par un jury composé de directeurs d’institutions culturelles, de journalistes, de mécènes et de commissaires d’exposition. Ce prix défend le travail d’un jeune artiste des arts graphiques vivant en France. Lauréat de la sixième édition, Pierre Seinturier conçoit pour sa toute première exposition muséale le projet "I want to believe".(2)

L’artiste nous invite à suivre un parcours énigmatique : de salles en salles, il nous plonge dans une sorte de fiction cinématographique. Un générique de film, une cartographie imaginaire, une collection d’images, un diorama(3) mettant en scène deux randonneurs, des carnets d’études, une série de dessins ; tous ces éléments concourent à produire une narration ouverte, ponctuée d’indices et forment une œuvre totale qui nous engage à jouer le jeu de la fiction.

LA FABRIQUE D'UNE IMAGE

La genèse de ce mystérieux univers est assurément à chercher dans les carnets d’études de l’artiste. Dans ceux-ci, Pierre Seinturier consigne presque quotidiennement des notes, des esquisses rapides, des compositions croquées sur le vif ; elles forment d’inépuisables pistes de recherches, un réservoir d’images en devenir. Campés par quelques traits et souvent agrémentés de mots ou de fragments de phrases, ces dessins constituent une matière première exploitée ensuite dans les grands formats.
Une collection d’images nourrit sa pratique. Pierre Seinturier aime, collecte et s’approprie les images du film noir, celles de la photographie couleur des "New topographics"(4), l’humour acide, l’esprit macabre de certaines illustrations du "New Yorker"(5), ou encore la bande dessinée des années 1950 et 1960. Une image mentale se crée à partir de ce corpus. L’artiste opère par prélèvements, fragments, flashs de mémoire. Sans jamais être dans la citation explicite, dans la reprise ou l’imitation de ces sources d’inspiration, Pierre Seinturier s’en saisit cependant pour "fabriquer une image aussi plausible que celle à laquelle le cinéma nous a habitués"(6).


UN AILLEURS ÉTRANGE ET FAMILIER

Dès lors, par ce jeu de références, l’univers de l’artiste nous déplace vers des contrées incertaines qui pourtant nous semblent familières. Nous avons déjà vu ces sites : "Mais où exactement ?" s’interroge Gaël Charbau. "Quelque part en Amérique probablement […] quelque part aussi où notre mémoire a rangé tout l’imaginaire du western et du film noir."(7) La nature, celle des grands espaces, des forêts sombres ou exotiques, celle des grands lacs ou des montagnes rocheuses, mais aussi l’espace sans qualité des faubourgs sont souvent le théâtre de ses petites saynètes(8) mystérieuses. On y croise de petites gens, de probables tueurs en série mais aussi la figure mythique du cow-boy.

SAISIR L'INSTANT, "LE MOMENT FÉCOND"

Comme le peintre Edward Hopper(9), Pierre Seinturier fonde sa description du monde sur ces instants où l’insignifiant et le trivial se révèlent dotés d’un puissant pouvoir d’énigme. Un chasseur, le fusil en joug, le bûcheron, la hache levée, un homme en arrêt au seuil d’une porte, un cow-boy visant sa cible : dans ses dessins, l’action se fige avant toute conclusion.
Ce procédé narratif évoque la théorie de Lessing(10), développée dans son essai "Laocoon", ou "des frontières de la peinture et de la poésie". Pour impliquer le regardeur pense Lessing, il faut promouvoir en lui un "organe" particulier : l’imagination. Pour ce faire, le peintre, le sculpteur ne doivent pas représenter l’action à son paroxysme mais au contraire privilégier "le moment fécond", un instant en arrêt, une suspension dans le récit. Dans les dessins de Pierre Seinturier, quelques indices laissent présager un drame ou une action à venir.


VOIR SANS ÊTRE VU

Cet art du suspens, l’étrangeté qui en découle, sont renforcés par la place que Pierre Seinturier assigne au spectateur. Celui-ci est invité à regarder comme à travers de multiples écrans (troncs d’arbre, buissons, forêts, structures architecturales) souvent sombres, analogies de la "camera obscura"(11) ou du trou de serrure, créant ainsi un dispositif propre au voyeurisme. Le spectateur, dès lors impliqué dans la scène, peut voir sans être vu.

"I WANT TO BELIEVE"

Dans l’exposition "I want to believe", le spectateur devient, par d’habiles procédés de mises en abyme, comme un double fictionnel des deux randonneurs dessinés par Pierre Seinturier. Nous retrouvons ces deux personnages dans le diorama intitulé "They left in Hurry", dans les dessins à l’encre noire "The Kloset (Bar, sluts, Food)" et "Hell (6,66 km)". Ils sont tout au long du parcours nos compagnons de route dans ce qui prend la forme d’une enquête sans objet… Car tout demeure opaque et mystérieux dans l’univers de Pierre Seinturier. Ici, le burlesque côtoie l’absurde ; on pense au film "Fargo"(12) des frères Coen…
Les titres en anglais qui légendent les dessins semblent d’abord nous mettre sur la voie. Ils sont extraits du répertoire de chansons de Franck Zappa(13) ou des paroles du Doo-Wop(14) ; mais leurs formes brèves, fragmentées, rythmées nous laissent plus démunis encore. L’humour et l’ironie qui les caractérisent entrent souvent en décalage avec ce que les images montrent.
Au terme de ce parcours, doit-on vraiment classer l’affaire ? Doit-on croire aux mots THE END au générique de cette fiction ?
 


(1) "Le Club des Partenaires" du Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole est fondé en juin 2006 et regroupe à ce jour 7 entreprises mécènes.

(2) "Je veux croire". Le titre de l’exposition fait référence au titre d’un épisode de la série américaine X files.

(3) Un diorama est un système de présentation utilisé dans la scénographie muséale, plus spécifiquement dans les musées d’Histoire. C’est un mode de reconstitution d’une scène (historique, naturaliste, géologique…) qui vise à faire apparaître le sujet (un personnage fictif ou historique, un animal…) dans son environnement habituel.

(4) En 1975 a lieu, à la George Eastman House de Rochester aux États-Unis, l’exposition the New topographics. Elle signale l’émergence d’une nouvelle approche de la photographie de paysage. Les photographes présentés tels Robert Adams, Lewis Baltz, Joe Deal, Stephen Shore ou encore Joël Sternfeld se désolidarisent de l’approche mythifiant le paysage américain. Ils abordent ce genre avec objectivité, en refusant les effets de style.

(5) Les illustrations de James Thurber et Chas Adams.

(6) Gaël Charbau, "Silence, Action", Catalogue Pierre Seinturier, MAMC de Saint-Étienne Métropole, 2015.

(7) Gaël Charbau, "Silence, Action", Catalogue Pierre Seinturier, MAMC de Saint-Étienne Métropole, 2015.

(8) Au théâtre, petite pièce comique ne comprenant généralement qu’une scène et un nombre restreint de personnages.

(9) Edward Hopper (1882-1967) est un peintre américain. Il dépeint dans ses œuvres la vie quotidienne des classes moyennes. Paysagiste urbain, peintre de la mélancolie, son œuvre a notamment inspiré de nombreux réalisateurs : Alfred Hitchcock, Wim Wenders, Tim Burton, David Lynch, les frères Coen.

(10) Gotthold Ephraïm Lessing (1729-1781) est un écrivain, critique et dramaturge allemand. "Laocoon", ou "des frontières de la peinture et de la poésie" est publié en 1766. Cet essai a pour objet la détermination des limites respectives des arts plastiques et de la poésie. Il s’inscrit dans un mouvement de retour à l’antique qui caractérise le néo-classicisme. Les principes esthétiques de Lessing s’expriment notamment dans les œuvres de Jacques-Louis David (1748-1825), telles "Le serment des Horaces" (1785), "La mort de Socrate" (1787), "Les licteurs rapportent à Brutus le corps de ses fils" (1789).

(11) "La camera obscura" (expression latine de chambre noire, chambre obscure) est l’ancêtre de l’appareil photographique moderne.

(12) "Fargo" est un film américano-britannique réalisé en 1995 par Joël et Ethan Coen. Il mêle le genre policier à la comédie funèbre.

(13) Franck Zappa (1940-1993) est un musicien américain (guitariste, auteur-compositeur, interprète, satiriste). Les paroles de ses chansons sont une satire de l’ordre social établi, de ses structures, de ses pratiques. De nombreux titres de Pierre Seinturier proviennent de l’album "Joe’s garage" datant de l’année 1979.

(14) Le "Doo-Wop" est une onomatopée qui sert à désigner un sous-genre du "Rhythm and blues". Il se développe aux États-Unis dans les années 1950 et 1960. Son style vocal est fortement influencé par le gospel et "les Quartets de babershop" ("Quatuors de salon de coiffure"). Les paroles du "Doo-Wop" sont généralement sentimentales mais peuvent être aussi humoristiques.



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