Musée d'art moderne et contemporain de Saint-EtienneSaint-Etienne Méetropole
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Delph750
Le 30 mars 2012.

"Super cette rubrique ressources. J'ai pu faire plusieurs recherches très différentes afin de préparer une séance d'arts visuels pour ma classe de CM1. Du coup, je pense les emmener en visite au Musée l'année prochaine, en CM2.".
 
 
 
contenu destiné au public adulte
Jacques Villeglé, Mémoires
Source : Département des publicspublié le 05 mars 2016

Jacques Villeglé, "Mémoires", 2016. © ADAGP, Paris 2016.

Jacques Villeglé. Photo : Yves Bresson/MAMC. © ADAGP, 2016.

Jacques Villeglé, "Mémoires", 2016. © ADAGP, Paris 2016. Crédit photo : Yves Bresson, François Poiret/MAMC, 2016.

Jacques Villeglé, "Mémoires", 2016. 3 vues de l'installation in situ. © ADAGP, Paris 2016. Photo : Yves Bresson.

 

 

 

"Avec le titre "Mémoires", je peux retourner sur mon passé." Jacques Villeglé(1)

Jacques Villeglé (Jacques Mahé de La Villeglé) est né en Bretagne en 1926. Il vit et travaille à Paris. À la veille de ses 90 ans, l’artiste souhaite les célébrer avec cette exposition au MAMC.

"Je tiens mes distances vis-à-vis de l’acte de peindre ou de coller". Jacques Villeglé

Passants, flâneurs, n’hésitez pas à déambuler dans la salle d’exposition en vous imaginant dans une ville, sur une place avec au centre une sculpture. Déplacez-vous, laissez-vous guider par le regard...

L’installation, imaginée spécifiquement par l’artiste pour le Musée, vous propose une immersion dans des univers multiples. Sur les quatre murs de la salle d’exposition, quatre fresques en face-à-face présentent des bribes de textes au sein d’un réseau de lignes sinueuses et fluides de couleur bleue ou rouge. Il s’agit du détournement des pages du livre "Mémoires" composé par Guy Debord en 1958.

"En 1947, à Saint Malo, j’ai ramassé un fil de fer, je me suis dit que c’était une œuvre d’art alors que je n’y étais pour rien". Jacques Villeglé

La sculpture centrale repose sur une base de quatre faces en verre. Chaque paroi est un feuilletage de trois plaques ; l’une d’entre elles, la dernière, sur laquelle il a dessiné, est sablée. Elles sont recouvertes de citations, de graphismes, de figures ou de symboles, autant de signes multiples juxtaposés sur le matériau transparent.

Ces signes éveillent des souvenirs précis ou diffus qui s’évaporent ou se reconstituent au fil de notre mémoire.


Telle une écriture dans l’espace, la sculpture "Chaussée des Corsaires, Mur de l’Atlantique" nous renvoie à la première œuvre de l’artiste, réalisée en 1947 à partir de deux fils de fer, déchets du mur de l’Atlantique(2).

Sur le socle de cette sculpture figurent des signes héraldiques(3), des éléments calligraphiques comme "Le Carré magique" (du "Melencolia" d'Albrecht Dürer), des jeux de l’esprit d’écrivains de l’Oulipo (Georges Perec), des figures symboliques (la spirale), des portraits (Friedrich Nietzsche), des extraits de textes en mémoire de poètes bretons comme Victor Segalen ("Stèles"), Tristan Corbière ("Les Amours jaunes") ou encore Arthur Rimbaud avec "Voyelles".

L'ALPHABET SOCIO-POLITIQUE

"L’œuvre que j’ai entrepris, aussi bien avec les affiches qu’avec les graphismes socio-politiques, ne s’intéresse pas seulement à la rétine ni à un simple assemblage des lignes et des couleurs, il est également un rapport avec mes contemporains, avec notre histoire politique sociale et quotidienne". Jacques Villeglé

Très intéressé par la typographie et le graphisme, Villeglé a conçu un alphabet en 1969, après la découverte sur les murs du métro parisien, d’un slogan, contre la venue de Richard Nixon(4).

Ce slogan était composé de symboles éclectiques, ce qui a donné à Villeglé l’idée de créer ces lettres d’une étonnante complexité. S’y enchaînent des signes politiques, religieux, idéologiques, monétaires, zodiacaux, maçonniques, guerriers et ésotériques.

Ces symboles incarnent à ses yeux un ancrage dans l’histoire politique, sociale et quotidienne du monde contemporain. Jacques Villeglé interroge ainsi le sens du langage et de sa mise en abyme(5).

DÉTOURNEMENTS

"Le flâneur est celui qui va herboriser le bitume". Walter Benjamin

Avant de faire partie du groupe des Nouveaux Réalistes (1960), Jacques Villeglé rencontre les membres de l’Internationale Lettriste(6) dans un café de Saint-Germain-des-Prés, dans le Paris d’après-guerre. Dans cette période, ils partagent un intérêt commun : l’arpentage incessant des rues de Paris. Véritable atelier à ciel ouvert exploré par les affichistes qui y puisent leur matériau, la ville devient, pour Guy Debord et ses compagnons, le laboratoire des expériences "Psychogéographiques"(7).

Cette installation est un détournement du livre Mémoires de Guy Debord(8) opéré par Jacques Villeglé. Pour composer ce livre, Guy Debord a puisé dans des périodiques comme dans les textes de William Shakespeare, du Comte de Lautréamont, et autres poètes. Il considérait ces citations comme des éléments "préfabriqués" et les utilisait selon un mode de composition aléatoire. Par ailleurs, les parties picturales ont été réalisées par Asger Jorn(9) qui les appelle "structures portantes".

"Le plagiat est nécessaire. Le progrès l’implique. Il serre de près la phrase d’un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par une idée juste". Comte de Lautréamont, Poésies II (1870)

Les "muraux" dans la salle d’exposition reprennent donc la composition de certaines pages du livre, avec les textes retranscrits par Jacques Villeglé dans son alphabet socio-politique.

La composition, avec ces lignes et ces taches éclatées, joue sur la distorsion et la dispersion des différents fragments. La perception en est à la fois dynamique et désordonnée.

EXTRAIRE DU RÉEL

"Ce que je voulais faire c’était d’amener la rue dans le musée". Jacques Villeglé

Jacques Villéglé s’affirme artiste flâneur et collectionneur, il invente le statut du "Lacéré anonyme". L’affiche, qu’il extrait de son contexte, la rue, est un mélange de signes complexes. Chargée d’informations culturelles, politiques, anecdotiques, que les "lacérateurs" déchirent et mixent jusqu’à l’illisibilité, elle devient un palimpseste.(10) Jacques Villeglé appartient à la génération d’artistes des années 1950 qui s’interrogent sur une nouvelle perception du réel. Il prélève des éléments du monde, de la cité, de notre quotidien pour nous les donner à voir. Le prélèvement est tout autant un geste d’appropriation qu’un geste pictural. Cette attitude rejoint celle d’artistes qu’il admire, tels que Kurt Schwitters(11) ou Hans Hartung(12).

"Je suis contre l’idée de l’artiste original, démiurge". Jacques Villeglé

Depuis la période des affiches lacérées dans les années 1950, qui transforment les murs de la ville en un écran animé de signes, jusqu’à cette œuvre "Mémoires", en passant par l’alphabet socio-politique, le regard de Jacques Villeglé n’a cessé de questionner l’héritage de notre culture poétique et artistique.

L’usage de la ville, l’attitude du flâneur, cueilleur de babioles, comme l’a fait en son temps Baudelaire(13), l’éclatement du langage, l’abandon des modes traditionnels d’expression et le détournement montrent que la place de Villeglé ne saurait être dissociée de l’histoire de la poésie du XXe siècle.


(1) Jacques Villeglé, "Le lacéré anonyme", publié par le MNAM de Paris, 1977, rééd. Les presses du réel, Dijon, 2008. Toutes les citations de l’artiste sont issues de cet ouvrage.
(2) Mur de l’Atlantique : système défensif construit par le IIIe Reich sur la côte Atlantique pendant la Seconde Guerre Mondiale.
(3) Héraldique : étude des blasons du Moyen-Âge.
(4) Richard Nixon a été le 37e Président des États-Unis (1969-1974).
(5) Procédé consistant à représenter une œuvre dans une œuvre du même type.

(6) L’Internationale Lettriste est une dissidence du Lettrisme (fondée par Isidore Isou) qui se rapproche plutôt du marxisme révolutionnaire, du dadaïsme berlinois et des pensées nihilistes et anarchistes. Il possède tous les germes théoriques de ce qui deviendra l’Internationale Situationniste (dérive, "psychogéographie", détournement, urbanisme unitaire...).
(7) Guy Debord crée le néologisme "Psychogéographie" pour signifier que le milieu agit sur le comportement affectif des individus.
(8) Guy Debord est le co-fondateur de l’Internationale Lettriste en 1952, puis de l’Internationale Situationniste en 1957.
(9) Asger Jorn est un peintre danois (1914-1973). Il fut l’un des fondateurs du mouvement CoBrA et membre de l’Internationale Situationniste.
(10) Le palimpseste est un texte manuscrit écrit sur un parchemin et dont on a fait disparaître les inscriptions pour y écrire de nouveau.
(11) Kurt Schwitters (1887-1948) est un peintre, sculpteur et poète allemand. Artiste présent dans l’exposition des collections "Archéologie du présent".

(12) Hans Hartung (1904-1989), est un peintre français d’origine allemande, l’un des plus grands représentants de l’art abstrait et le père du tachisme.
(13) Charles Baudelaire (1821-1867) est un poète français, auteur notamment du "Spleen de Paris", présent dans son recueil de poèmes "Les Fleurs du mal" (1840-1867).



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