Musée d'art moderne et contemporain de Saint-EtienneSaint-Etienne Méetropole
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Delph750
Le 30 mars 2012.

"Super cette rubrique ressources. J'ai pu faire plusieurs recherches très différentes afin de préparer une séance d'arts visuels pour ma classe de CM1. Du coup, je pense les emmener en visite au Musée l'année prochaine, en CM2.".
 
 
 
contenu destiné au public adulte
Anne & Patrick Poirier, Danger zones
Source : Département des publicspublié le 06 juillet 2016

Anne et Patrick Poirier, "Danger zone", 2001. Néon et matériaux divers. 7 m x 3,5 m. Collection Claudine et Jean-Marc Salomon. Photo : Charlotte Piérot. © ADAGP, Paris 2016.

Anne et Patrick Poirier, "Exotica (vue d’ensemble), 2000. Peinture, bois, carton, plastique, verre, néon, 1500 x 1100 x 80 cm. Collection Claudine et Jean-Marc Salomon. Photo : Charlotte Piérot. © ADAGP, Paris 2016.

Anne et Patrick Poirier, "2235 après J.-C.", 2001. Techniques mixtes, dimensions variables. Collection Anne et Patrick Poirier. Courtesy Galerie Mitterrand. Photo : Rebecca Fanuele. ©  ADAGP, Paris 2016.

 
Anne et Patrick Poirier, "Dépôt de mémoire et d’oubli", 1989. Empreintes papier Japon, croix en fer et feuilles d’aluminium, 410 x 280 cm. Collection Anne et Patrick Poirier. Photo : Anne et Patrick Poirier. © ADAGP, Paris 2016.
 
 
Anne et Patrick Poirier, "Construction IV" de l’ensemble : "Domus Aurea", 1975-1978. Eau, bois, charbon de bois, 18 m x 5 m. Collection FRAC Bretagne, Rennes. Photo : Charlotte Piérot. © ADAGP, Paris 2016.
 
 
Anne et Patrick Poirier, "Archives", 2013. Photographie contrecollée sur dibon et encadrée, 150 x 195 cm. © Anne et Patrick Poirier, courtesy Galerie Mitterrand. © ADAGP, Paris 2016.
 

 

 

 

Cette exposition à caractère rétrospectif retrace 40 ans de travail en commun d’Anne et Patrick Poirier et se déploie dans 4 salles d’exposition, chacune portant un titre et un thème, qui rythment le parcours.

Anne Poirier est née à Marseille en 1941, Patrick Poirier est né à Nantes en 1942. Unis par la même passion pour l’archéologie et par le même goût des voyages en Orient et au Moyen-Orient, ils vivent et travaillent ensemble. Se définissant comme des archéologues et des architectes, ils adoptent une attitude de chercheurs et de collectionneurs pour comprendre les structures des cités disparues.

Après leurs études à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, le couple est pensionnaire de la Villa Médicis à Rome de 1967 à 1971. La ville de Rome joue d’ailleurs un rôle fondateur dans leur travail, ils y ont consacré plusieurs années d’études. Depuis, Anne et Patrick Poirier ne cessent de prendre la route, d’arpenter des sites archéologiques ou de parcourir des villes : du temple d’Angkor Vat (Cambodge) à La Havane (Cuba), de Los Angeles (États-Unis) à Berlin (Allemagne), ils rapportent des notes, des plans et des photographies.

À partir de cette matière, ils créent des œuvres fictionnelles aux multiples facettes (maquettes, sculptures, photographies, installations). Leurs thèmes principaux tournent autour de la réflexion sur la mémoire, la fragilité des civilisations, la construction et la destruction des villes, la ruine, les reliquats du passé, les désastres de l’Histoire, etc. Leurs oeuvres font appel à diverses métaphores visuelles et spatiales, dont l’une d’entre elles, "Daïdalopolis", est une installation réalisée en 2016 spécialement pour cette exposition.

1 SALLE DES RUINES DU FUTUR

"... les ruines futures de nos villes présentes, étouffées par la pollution et l’absurdité de leur urbanisme. Des paysages urbains catastrophiques, désertés par leurs habitants...".
A. et P. Poirier

Mêlant toujours leurs intérêts pour l’archéologie et l’architecture, Anne et Patrick Poirier créent des installations qui ressemblent à des chantiers de fouilles ou à des constructions en ruines. Avec des objets de récupération, ils déclinent toutes sortes de sites construits, villes calcinées, architectures noires. Ils nous entraînent à la découverte de lieux inédits et mystérieux, reposant sur des connaissances liées à la recherche, notamment en anthropologie(1) et en architecture.

Ils décrivent "Exotica" (2000) comme une ville anarchique, c’est-à-dire sans plan ni projet réalisés au préalable, où l’architecture dévore la nature. Elle comprend notamment des quartiers industriels polluants, une gare, un port, des centres commerciaux, un musée, une cathédrale Sainte Exotica, des quartiers résidentiels et des bidonvilles.

"2235 après Jésus-Christ" (2001) est une oeuvre qui représente une ville en cours de destruction dans laquelle la végétation reprend progressivement le dessus. Le propos des artistes est de représenter, tant visuellement que métaphoriquement, les effets du temps, les stigmates de la guerre et les traces infligées par la pollution. Ils réalisent des lieux en transformation, vides, que l’homme semble avoir abandonnés. On ne sait si ces constructions sont achevées, si les chantiers sont suspendus.

Anne et Patrick Poirier nous donnent à voir des ruines, dont nous explorons les vestiges comme pourraient le faire des archéologues du futur. Ces ruines témoignent d’une réalité, d’un événement qui s’est produit. Ce temps exprimé par les artistes tient à la fois de l’histoire et de l’archéologie qu’ils conjuguent au présent.

L’œuvre "Danger zone" (2001), qui donne son titre à l’exposition, est composée d’une bulle de protection transparente à l‘intérieur de laquelle sont accumulés divers objets collectés. C’est un espace sauvegardé qui a survécu aux désastres écologiques et qui devient à la fois un lieu de stockage et un laboratoire archéologique.

Ces installations, si elles sont elles-mêmes figées dans le temps, rendent aussi bien compte des destructions de l’histoire ou d’événements catastrophiques que de constructions à venir, vouées elles-mêmes inéluctablement à disparaître.

2 SALLE DES REGARDS INTÉRIEURS


"… les travaux de l’archéologue côtoient les travaux de l’architecte…".
A. et P. Poirier

"Daïdalopolis" (2016) se présente comme un objet en forme d’aile, voire comme une maquette architecturale pour une société du futur en quête d’un territoire. Recouverte d’or, peut-être par un phénomène alchimique, cette maquette possède des oeilletons qui conduisent notre regard vers des représentations intérieures. Nous pouvons alors découvrir une représentation ou une mise en abyme des éléments essentiels de notre culture en premier lieu la bibliothèque(2), symbole du savoir et de la mémoire pouvant se déployer à l’infini.

"La fabrique de la mémoire" (2008), construction octogonale, nous transpose à la fois dans un champ d’expérimentation visuel mais aussi physique. Elle nous sollicite sur les rapports espace-temps, sur la mémoire mais également sur l’architecture et sur le fonctionnement du cerveau(3).

Cette quête de la mémoire universelle est une recherche esthétique, narrative et poétique. Anne et Patrick Poirier se sont intéressés aux liens et aux analogies entre les structures mentales et l’espace.

Nous retrouvons l’usage de matériaux fragiles, comme dans l’œuvre "Archives" créée à partir de pétales de fleurs. La photographie et la botanique faisant partie aussi de leurs pratiques constantes.

3 SALLE DE L’INCERTITUDE ET DE L’OUBLI

"… des mots ou titres de constellations en néon, des échelles lumineuses semblent relier les espaces célestes au monde souterrain. Des miroirs brisés répandus au sol fragmentent la lumière et les reflets. Une grande croix-reliquaire contenant les masques de dieux antiques, est tombée au sol et semble s’enfoncer dans cette mer de glace…".
A. et P. Poirier


Parallèlement à leurs constructions architecturales, Anne et Patrick Poirier conçoivent des installations lumineuses qui créent une tension émotionnelle et des atmosphères pesantes. C’est dans cet univers déstabilisant qu’ils ont recours, avec cette installation(4) à des échelles, à des mots et à des miroirs brisés pour en faire des supports privilégiés de la pensée et du savoir, des marques du passage du temps ou des lieux de mémoire. Ils font référence à des éléments symboliques appartenant à toutes les cultures humaines : mythologies gréco-romaine, égyptienne, africaine et récits bibliques.

Le sol recouvert de miroirs brisés est transpercé d’une échelle qui évoque celle de Jacob(5), et semble relier le ciel au monde souterrain. Le miroir, eau gelée, est ce lieu de passage entre les mondes des vivants et des morts, du réel à l’imaginaire. Une immense croix-reliquaire, se présente comme enfouie dans l’abîme, creusé par les miroirs. La vidéo "Unknown pleasures" montre un lent voyage à travers sons et images. Elle est la dernière œuvre de leurs fils Alain-Guillaume Poirier, disparu en 2002. Cette installation in situ est un va-et-vient entre l’idée de la mort et celle de la vie.

Conscients de la vulnérabilité des choses, les artistes travaillent à en préserver la mémoire : "nous nous sommes aperçus d’une manière pragmatique et expérimentale que la mémoire est une chose infiniment précieuse au niveau culturel et personnel."(6)

4 SALLE DES MÉMOIRES ENGLOUTIES

Tel "Un univers nocturne, figé, ou le temps s’est arrêté…".
A. et P. Poirier.


"Domus Aurea" est un ensemble composé de différentes maquettes représentant des vestiges archéologiques, une sorte de paysage en ruine(7) où le charbon et les architectures émergent de l’eau comme des îles. Cette installation "Construction IV", présentée pour la première fois à la documenta 5 de Cassel, fait partie de l’ensemble "Domus Aurea" réalisé entre 1975 et 1978.

L’utilisation de la maquette, présente un vif intérêt pour Anne et Patrick Poirier, car elle questionne les rapports entre l’art et l’architecture. L’œuvre "Domus Aurea" nous interpelle dans sa forme même de ruines telle une vanité des temps modernes. La couleur noire, qui peut être associée à l’idée de l’oubli renforce cette impression. Nous nous déplaçons autour de ce bassin rempli de charbon et d’eau pour en découvrir les différentes perspectives.

Cette œuvre, par ses aspects physiques, philosophiques, historiques, etc. est ouverte à l’expérience et à la réflexion individuelles. Une somme d’éléments vient enrichir notre perception du passé en le mêlant à notre interrogation sur le présent éphémère. Ici, la fluidité et l’impermanence de l’eau, la légèreté et l’instabilité du charbon de bois suggèrent une sorte de "memento mori".(8)

Un peu plus loin dans la salle, trois textes sont accrochés au mur en caractères dorés, sur les thèmes de la disparition à partir d’un texte de Julien Gracq(9), dont Anne et Patrick Poirier se sont inspirés pour cette œuvre.


Anne et Patrick Poirier font partie d’une génération d’artistes qui s’interrogent sur la mémoire. Sur le champ des ruines, ils reconstruisent des villes ou des labyrinthes aux archétypes sans cesse réinventés. Leurs travaux, entre fiction et réalité, constituent une mémoire qui est à la fois personnelle et collective. La société contemporaine nous révèle, à travers ses multiples crises, l’effondrement de nos croyances sur le soutien technologique et scientifique, vanités de la modernité, et nous renvoie à une forme plus humaniste de l’incertitude. La fragilité même de l’œuvre dont les matériaux participent à la représentation de la ruine, nous questionnent sur l’épreuve du temps et sur la disparition.


(1) Anne et Patrick Poirier ont rencontré plusieurs fois l’anthropologue Claude Lévi-Strauss,figure fondatrice de l’anthropologie contemporaine.
(2) Voir par exemple la nouvelle écrite par J.L. Borges dans son recueil "Fictions" : "La Bibliothèque de Babel", Gallimard, Paris, 1951 (2e éd.).
(3) Préoccupation des artistes depuis le début de leurs recherches et qu’ils tentent d’exprimer par des métaphores diverses, archéologiques ou architecturales.
(4) Cette installation reprend des éléments de l’œuvre "Abîme du temps" qui a été présentée en 2009 à Avignon.
(5) L’ascension céleste représentée par la montée d’une échelle est décrite dans la Bible, où Jacob vit en songe, une échelle dont le sommet touchait le ciel ; des anges de Dieu y montaient et y descendaient. (Cf. Genèse XXVIII, 12).
(6) Entretien avec Anne Dagbert, Art absolument, n°13, été 2005.
(7) Le thème des ruines est déjà repérable dans la peinture des XVIe et XVIIe siècles. Il occupe alors une place qui témoigne d’une conscience aiguë de la condition humaine, la déploration d’un temps qui échappe au pouvoir de l’homme et qui ne laisse que des vestiges mutilés.
(8) "Memento mori" est une locution latine qui signifie "Souviens-toi que tu vas mourir". Depuis l’Antiquité, des artistes ont créé des œuvres rappelant l’aspect vain des activités, des intérêts et de la vie des hommes sur terre. Cette locution exprime donc à la fois, la mort dans son acte de fin de la vie et dans son absoluité : la mort est partout, à la fois début et fin.
(9) Julien Gracq, "Le rivage des Syrtes", Éditions José Corti, Paris, 1951.



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