Prouvé en Afrique : plié, nervuré, embouti, soudé, puis copié.
Superflex est un groupe d’artistes fondé en 1993 par Jakob Fenger, Rasmus Nielsen et Bjornstjerne Christiansen.
Le groupe décrit ses projets comme des "Outils". Un Outil est un modèle ou une proposition qui peut être activée et utilisée, puis exploitée et modifiée par l’utilisateur.
Invité par le Musée d’Art Moderne à présenter une partie de sa collection de design, Superflex formule ici une proposition qui répond à la fois au culte du Design Moderne et de ses grandes figures, et au fétichisme de la collection. Empruntant à Jean Prouvé sa description du travail sur la tôle d’acier, matériau "plié nervuré, embouti, soudé", Superflex poursuit librement la citation d’un anti-mythifiant "puis copié".
Les pièces présentées ont toutes été conçues par Jean Prouvé ou ses ateliers. Elles partagent également une caractéristique qui est le point de départ de la réflexion de Superflex : de constitution solide, démontables et adaptées à l’export, ces modèles étaient aussi ceux que l’on pouvait trouver sur les lieux d’implantation de colons français en Afrique (notamment au Congo-Brazzaville dans le fameux immeuble d’Air France), sous des formes adaptées à leur goût spécifique, soit dès leur conception, soit sur place : bois foncé et notamment acajou plutôt que bois clair, plateaux en bois massif plutôt qu’en contreplaqué, etc.
L’ensemble évoque donc en miroir une certaine histoire africaine du mobilier de Jean Prouvé, et le mouvement historique de va-et-vient qui l’accompagne : un premier temps de diffusion de ces modèles en particulier, et du modèle moderniste occidental en général, puis, à partir des années 1990, un second temps de réappropriation de ces objets, en France et en Occident. Cette réappropriation, qui a abouti immédiatement à une spéculation sur la valeur des objets, a pu être considérée comme une forme de post-colonialisme dissimulée.
Superflex reprend l’histoire à cet endroit, où le mouvement semble clos : il fait retour à l’envoyeur, en faisant reproduire en Afrique la célèbre chaise "Cafeteria". Ce faisant il conteste aussi bien l’appropriation qui en a été faite exclusivement par l’occident, qu’il désactive toute possibilité d’une spéculation renversée, en instaurant, reprenant son combat contre le copyright, un système de copie de ces pièces désormais rares.
L’exposition se comprend comme une proposition d’action, et le temps de cette action modèle à son tour la forme de l’exposition : appuyée sur les pièces de la collection qui en sont le point de départ (salles 3 et 6), la proposition se développe avec la réalisation d’un dessin technique de la chaise standard "Cafeteria" (salle 4), qui servira lui-même de patron pour la fabrication de super-copies intitulées "Prouvé Made in Africa".
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