Musée d'art moderne et contemporain de Saint-EtienneSaint-Etienne Méetropole
Accueil / Expositions / Expositions archivées
 
 
Restez connectés !
 
 
 
 
 
Newsletter :
Abonnez-vous à la lettre d'information
  

Rechercher dans le site :
  



Avis
 
 

Expositions archivées

 
wang,luyan
"W Fire at Both Ends Automatic handgun D13-01". Acier inoxydable, 290 × 440 × 75 cm. "Target", peinture murale. Diamètre : 500 cm. © W. Luyan.
 
"W Fire at Both Ends Automatic handgun D13-01". Acier inoxydable. 290 × 440 × 75 cm. © W. Luyan. Photo : Yves Bresson / Musée d'art moderne et contemporain.
 
"W Fire at Both Ends Automatic handgun D13-01". Acier inoxydable. 290 × 440 × 75 cm. © W. Luyan. Photo : Yves Bresson / Musée d'art moderne et contemporain.
 
"The Walkers D12-01" (50 pièces). Acier. Hauteur : 200 cm. © W. Luyan. Photo : Yves Bresson / Musée d'art moderne et contemporain.
 
 
WANG Luyan
Du 14 juin 2014 au 21 septembre 2014
 

MANIFESTATION ORGANISÉE DANS LE CADRE DE FRANCE-CHINE 50

> www.france-chine50.com


Né en 1956, Wang Luyan a joué un rôle d’éclaireur dans l’avant-garde artistique chinoise. Il enracine au départ sa pratique artistique dans l’"art conceptuel". Ce dernier se définit, entre autres, par le fait que l’idée est considérée comme la partie la plus fondamentale de l’œuvre. L’objet d’art, en tant qu’objet matériel, unique, esthétique, fruit du savoir-faire et de la virtuosité de l’artiste, est remis en question, désacralisé. Cela n’empêche pas Wang Luyan de produire peintures, sculptures et installations. Le paradoxe, apparent ou réel, est en effet sa marque de fabrique.


EXPOSER SES IDÉES

"L’art n’est pas uniquement destiné au plaisir sensuel. Pour moi, l’art est une manière de penser par la visualisation1."
Si Wang Luyan considère qu’une œuvre est achevée dès que l’idée en est formulée, il envisage aussi le passage de "l’œuvre-idée" à "l’œuvre-objet", comme une possibilité de présenter son travail et de permettre l’échange avec le public. Un stade d’expérimentation supplémentaire, en somme.

Le mode d’exposition dévoile, lui aussi, les axes de réflexion de l’artiste. Évoluant dans les deux salles où sont présentés les travaux de Wang Luyan, le visiteur peut être frappé par l’opposition tranchée entre ces deux espaces. La première salle est habitée par une seule œuvre, les cinquante "Walkers" (marcheurs) qui l’occupent toute entière ; le visiteur est invité à déambuler parmi eux.

C’est cette immersion qui devient submersion dans la seconde salle où l’on est dominé par des objets gigantesques. Cette salle semble presque vide, bien qu’elle présente plusieurs œuvres, dont un revolver, une montre et des cibles aux dimensions monumentales. L’hétérogénéité des salles et des motifs est accentuée par la variété des techniques en présence : sculpture et peinture murale.

Paradoxalement, cette hétérogénéité souligne une similitude entre les œuvres exposées : une certaine froideur, une précision automatique des formes, des couleurs et des surfaces. Un univers d’objets, de machines, références à une production industrielle, y compris lorsqu’il s’agit de silhouettes humaines.

Cette objectivité, qui ne laisse poindre aucune subjectivité, est revendiquée par Wang Luyan : "J’ai toujours pensé que l’effet pictural était superflu. J‘essaye donc de l’éviter à tout prix. Je déteste quand on voit le travail de la main qui est l’essence même du processus de la peinture. Pour moi, cela donne tout de suite un côté sentimental, cela s’accompagne de contingences, d’incertitudes voire de tremblements qui rendent la surface du tableau presque vivante : or c‘est ce que je veux supprimer dans mes œuvres2." En outre, on peut voir là la marque d’un artiste qui a travaillé en usine. Il est familier des productions standardisées, des dessins techniques et des dénominations sérielles destinées à être cataloguées. Ce qui peut expliquer ses titres d’œuvres comprenant des lettres et chiffres, des numéros de série. Le tout souvent précédé d’un W, W comme si Wang était une marque déposée.

DOXA ET PARADOXE : L’ART DU "PARADOXISME"

"La machine me permet d’exprimer cet aspect contradictoire des choses, fait d’avancées et de régressions. C’est une forme de paradoxe. Et mon concept c’est ça, c’est le paradoxisme3."

Dans la "doxa", l’opinion générale, les choses doivent avoir un sens, un sens commun, des règles communes. Dans les œuvres de Wang Luyan, en revanche, l’absurde n’est jamais loin. Le paradoxe, la contradiction dont il fait usage, interrogent la logique, la sienne et celle des autres.

Les revolvers tirent à la fois vers l’avant et vers l’arrière, tuant le tireur. La foule des "Walkers", bien qu’immobile, les chevilles soudées au sol, avance et recule simultanément, s’éloignant de son but lorsqu’elle croit s’en rapprocher. Les lutteurs frappent et sont frappés dans un cercle vicieux de violence. Sur le plan physique, donc, deux sens sont toujours présents.

La symétrie omniprésente, qui met face à face ces contradictions, est redoublée par la finition "miroir" des "Walkers". Se reflétant sur leurs surfaces, le visiteur voit son image démultipliée prendre le dessus sur celle des "Walkers" qui s’efface. Se pose alors la question de l’identité et de l’identique : quelle place pour l’individu dans un fonctionnement de masse ?

L’ART EN GROUPE OU EN SOLITAIRE

"Mon souhait est que l’art contemporain chinois d’aujourd’hui ne soit pas compris par l’Occident comme l’a été celui des années 19904."

L’art contemporain chinois trouve sa date fondatrice en septembre 1979, peu après la mort du leader Mao Zedong. Wang Luyan entre alors dans le groupe d’artistes "Xing Xing" (le groupe des "Étoiles"), qui s’illustre par une exposition présentée sur les clôtures du Musée d’art national de Chine, à Pékin. S’affrontent ainsi un art officiel, uniforme, retranché à l’intérieur du musée, et une production nouvelle, qui revendique une démarche individuelle. Cet art d’avant-garde veut se libérer de l’idéologie communiste au pouvoir et du "réalisme socialiste", le style utilisé pour la propagande et imposé aux artistes.

Neuf ans plus tard, en 1988, Wang Luyan est membre fondateur de "Xin Kedu" (le groupe "Nouvelle Mesure") et amorce un virage à 180 degrés. Le groupe d’artistes constate à nouveau l’uniformisation de l’art chinois, cette fois-ci via une imagerie qui singe le réalisme socialiste et séduit ainsi, par son aspect "typique", le marché de l’art occidental. L’Occident, son humanisme élevé au rang d’idéologie et sa vision caricaturale de la Chine, leur semblent en cause dans ce phénomène. Wang Luyan explique ainsi la démarche de "Xin Kedu" : "Face aux règles, nous sommes tous égaux. Les individus doivent laisser de côté leur personnalité dans l’intérêt du groupe. Comme nous considérons les règles comme plus importantes que les artistes, nous nous exprimons dans un langage de régulation. Les symboles et les nombres traduisent le mieux nos idées5." Pour critiquer la tendance à la conformité qui marque toute l’histoire de la Chine, le groupe exagère jusqu’à l’absurde sa propre soumission à des règles tatillonnes et impersonnelles, établies par le vote de ses membres.

En 1995, ne voyant dans le contexte artistique aucune tendance à l’amélioration, le groupe "Xin Kedu" est dissout. Wang Luyan choisit de se mettre en retrait : il cesse presque totalement d’exposer pendant une dizaine d’année. Seul, il élabore néanmoins un travail qui fonctionne en vase-clos, avec ses propres règles et non plus des normes imposées de l’extérieur. Les pièces présentées au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole sont le résultat de cette période de maturation.


REPÈRES SUR L’HISTOIRE RÉCENTE DE LA CHINE

1949
Proclamation de la République Populaire de Chine. Mise en place d’un État communiste.

1958
Président de la République, Mao Zedong lance son "Grand Bond en avant", une politique économique de grande envergure, qui aboutit à l’effondrement économique de la Chine et à la "Grande famine" de 1958-1962.

1966

Début de la "Révolution culturelle" avec l’élimination des "nouveaux capitalistes".

1976
Mort de Mao Zedong.

1979
La Chine s’engage sur la voie d’un communisme modéré.

1989
Massacre de la place Tian’anmen à Pékin en répression d’un mouvement de contestation national contre la corruption et le manque de liberté.

1992
Deng Xiaoping, dirigeant de la République Populaire de Chine, lance "Enrichissez-vous !" aux Chinois.

2010

La Chine devient la deuxième puissance économique mondiale.

2014

D’après une analyse du Financial Times, la Chine deviendra première puissance économique mondiale cette année.


(1) EN ANGLAIS - Wang Luyan, www.uchicago.cn/culture-society-the-arts/exhibits/

(2) Henri-François Debailleux, “Entretien avec Wang Luyan” in Wang Luyan - Visual Thinking and Measured Painting, Milan, Skira, 2011, p. 11.

(3) Henri-François Debailleux, op. cit., p. 9.

(4) Henri-François Debailleux, op. cit., p. 8.

(5) EN ANGLAIS - Cité par Andrew Solomon, www.nytimes.com/1993/12/19/magazine/their-irony-humor-and-art-can-save-china.html


ON EN PARLE

 À LIRE

Publié le 25.07.2014
next.liberation.fr
"Wang Luyan vise tous azimuts", par Henri-François Debailleux
> Lire


Logo Ministère des affaires étrangères et du développement international, Ministère de la Culture et de la Communication

 

  
 >>Retour à la liste des expositions
 
Adresse postale : Musée d'art moderne et contemporain - La Terrasse - CS 10241 - 42 006 Saint-Étienne cedex 1 - Adresse GPS : Rue Fernand Léger - 42270 Saint-Priest-en-Jarez