Musée d'art moderne et contemporain de Saint-EtienneSaint-Etienne Méetropole
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Expositions archivées

 
tania,mouraud
Tania Mouraud, "Once Upon A Time", 2012. Vidéo HD. Durée : 9'16''. City Hall, Nuit Blanche 2012, Toronto. © ADAGP 2014, Paris.
 
Tania Mouraud, "Le verger", 2003. Vidéogramme, installation son et vidéo PAL, édition de 5. © Tania Mouraud 2003. © ADAGP 2014, Paris.
 
Tania Mouraud, "Roaming", 2008. Vidéogramme, installation son et vidéo HD, 2 projections HD, 1 moniteur, 1 écran plasma, son 4.1. © Tania Mouraud 2007/2008. © ADAGP 2014, Paris.
 
Tania Mouraud, "NEEIIN", 2002-2008. Vidéogramme, installation son et vidéo PAL, édition de 5. © Tania Mouraud 2002. © ADAGP 2014, Paris.
 
Tania Mouraud, "Once Upon a Time", 2011-2012. Vidéogramme, vidéo HD 9'16. © Tania Mouraud 2011/2012. © ADAGP 2014, Paris.
 
 
Tania MOURAUD
Exhausted laughters
Du 14 juin 2014 au 21 septembre 2014
 

L’œuvre de Tania Mouraud est hétérogène, marquée par le refus de la hiérarchie entre les médiums, la culture populaire et savante, l’art et le monde. Exposer le travail de Tania Mouraud au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole, c’est poursuivre l’engagement qui avait été celui de Vicky Rémy, amie et collectionneuse de l’artiste. Une partie des œuvres présentes dans nos collections sont issues de sa donation et de celle de la Caisse des Dépôts et Consignations.


Le travail de Tania Mouraud est aussi en lien avec les réflexions menées dans les grandes expositions thématiques comme Micro-Narratives/Micro-Réalités ou encore Îles jamais trouvées présentées au Musée depuis 2003. L’exposition se compose de six pièces, vidéos et installations. Bien qu’autonomes, ces œuvres tissent au fil du parcours une trame narrative ; il est question de la mort, de l’impossible deuil, de la difficulté du travail de mémoire, de l’humanité déchirée par la souffrance et la cruauté.

Les motifs intimes et l’engagement constant de l’artiste président à cette exposition.

CELUI QUI VOIT, L’ACTE DE VOIR, l’OBJET VU


Si Tania Mouraud s’exprime depuis une dizaine d’années avec la vidéo, sa démarche s’initie très tôt. Elle se distingue par sa grande cohérence malgré la diversité des formes qu’elle peut prendre.

Le geste inaugural qui marque son entrée en art, celui de l’autodafé de son travail de peintre, démontre sa volonté de se confronter très tôt au monde et de quitter les sphères paisibles de l’atelier. Ce geste se réfère à ce qui fut une tragédie dans l’Histoire.

Marquée à ses débuts, par l’influence du Groupe Zero (1) à la fin des années soixante en Allemagne et par l’œuvre d’Yves Klein, elle est remarquée avec les chambres d’initiation, qui font écho au livre de Virginia Woolf, "Une chambre à soi", publié en 1929.

Ses travaux sont alors associés à l’art conceptuel et proches des recherches du groupe Art and Language. Elle s’empare de lettres ou de mots et selon la dimension du mur, ils deviennent des éléments signifiants visuels. Elle intervient dans les espaces des musées et dans des environnements urbains ou des sites industriels. Elle s’attache à la relation qui lie "celui qui voit", "l’acte de voir" et "l’objet vu". L’œuvre générique "Seeing" ("En regardant"), réalisée en 1977, émerge d’un fond blanc, par une subtile variation d’ombre et de texture. Des caractères typographiques ne sont perceptibles qu’au prix d’un effort d’observation. Le mot déchiffré souligne l’acte perceptif au moment même de son accomplissement.

Ce processus est, pour Tania Mouraud, une façon de se réapproprier le sentiment vital de soi.

Dans la continuité des "Wall pantins" ("peintures murales"), son travail vidéo rend l’identification de l’image impossible et joue du hiatus entre le perçu et le vécu. Si Tania Mouraud utilise la vidéo, c’est peut-être parce que ce médium déploie les qualités spécifiques de l’enregistrement : le son et l’image ont la même prégnance et font de la vidéo un capteur de réel. Nombreux sont les critiques qui ont relevé l’importance du son dans le travail de l’artiste et sa collaboration fréquente avec des musiciens.

Ses vidéos comportent toutes une distorsion, une vision oblique sur les êtres et les choses, on croit qu’il s’agit de formes, couleurs ou sons connus, mais tout cela est soumis à une dissonance auditive et/ou visuelle ou encore à des rapports d’échelle qui les rendent méconnaissables.

PARCOURS DE L’EXPOSITION


L’utilisation de la vidéo, ces dernières années, s’accompagne d’une tonalité plus sombre dans son travail. Par le biais de l’artefact et de la métaphore, Tania Mouraud convoque ici des souvenirs et des blessures intimes liés à la disparition de son père, résistant, fusillé en 1942. La figure du père hante les œuvres dans lesquelles il est question de la mémoire et de l’Histoire.

"LE VERGER", 2003


"Le Verger" (2003) associe les motifs du jardin et de la violence du monde. Les premières images sont celles de branches d’arbres en fleurs. Le cadre découpe des compositions japonisantes. Les couleurs éclatent contre le ciel bleu. Le montage est là saccadé, la succession de plans traduit l’affolement de l’œil, incapable de se fixer. Le désordre a ravagé l’enceinte paisible du verger. Des images de guerre apparaissent, des explosions, des avions et des missiles. Le son, qui associe des samples de divers bruits urbains et les appels obsédants d’une voix enfantine, atteint une intensité paroxystique.

"ROAMING" (ERRANCE), 2008


Roaming (Errance, 2008) est composée de quatre vidéos en noir et blanc. Le fil conducteur est une angoisse diffuse générée par l’inconnu. Tania Mouraud raconte : "Pendant le tournage j’avais en tête la vie de Aaron Appelfeld qui, enfant, se cacha dans la forêt ukrainienne pour échapper aux massacres." Elle avait en mémoire cette phrase : "la méfiance est restée inscrite dans mon corps et aujourd’hui encore je m’arrête tous les quelques pas pour écouter." L’installation associe les figures du chasseur et du chassé dans des rôles réversibles faisant écho aux témoignages des rescapés des camps. Dans "Les Naufragés et les Rescapés", Primo Levi écrit qu’il n’y avait pas que des victimes et des bourreaux. Entre les deux, "une zone grise" était composée de bourreaux qui étaient plus ou moins victimes et de victimes qui étaient plus ou moins bourreaux. Seuls pouvaient espérer survivre ceux qui avaient compris le fonctionnement absurde du camp.

"NO NAME", (SANS NOM), 2012

La composition de "No Name" ("Sans nom", 2012) est bipartite. À droite, apparaissent des images filmées dans le plus grand cimetière juif abandonné de Roumanie, Iasi, où les stèles ont été envahies par la végétation. À gauche, la bouche d’une femme joue d’un instrument de musique. Ses lèvres s’entrouvrent en une sorte de cri muet. Cette image traite de l’indicible. De l’autre côté, la rangée des tombes évoque des rails de chemin de fer par le biais d’un défilé d’images rapides et saccadées. C’est avec la figure de la route comme fil conducteur de l’image et comme métaphore de la mémoire, de l’image mémoire qu’elle réalise "Sightseeing" ("Visite touristique") en 2002. La majeure partie de la vidéo de sept minutes se déroule à bord d’une voiture, le long d’une route de montagne. L’image dévoile le champ visuel du passager. Nous sommes ce passager impliqué par la prégnance de la caméra subjective. Mais nous ne voyons que des lambeaux d’images. Défilement de sapins, trouées de lumière au travers des frondaisons, camaïeu de vert et de gris rappelant les paysages romantiques de Caspar David Friedrich, combat permanent entre l’obscurité et la clarté diffuse, mélancolie accentuée par les notes stridentes d’une clarinette et de la musique Klezmer. Silence et plan fixe puis fondu au noir sur un carton où s’inscrivent les mots "Natzweiler-Struthof, France". Nous sommes aux portes d’un camp de concentration.

"NEEIIN", 2002-2008

La vidéo "NEEIIN", réalisée entre 2002 et 2008, abolit toute distance entre sujet et spectateur. Filmée en caméra subjective, elle présente des images saccadées des plaques mortuaires du mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. Ces pierres, ces "mémento moi" sont destinées aux gens n’ayant pas de sépultures. La vitesse des mouvements de caméra donne un caractère presque abstrait aux images et interdit tout repos dans le travail de mémoire. Le son qui est ici particulièrement oppressant oscille entre des murmures fantomatiques et les pulsations martelées d’un cœur.

"ONCE UPON A TIME" (IL ÉTAIT UNE FOIS), 2012

"Once upon a time" ("Il était une fois", 2012) est inspiré par l’univers des Contes de Grimm. Le tournage a eu lieu dans la forêt boréale au Canada et en France. Elle montre différentes machines utilisées dans l’industrie du bois. La chorégraphie des mouvements de caméra, le rythme visuel ainsi que la richesse des couleurs provoquent une réaction émotionnelle qui va de la fascination à l’effroi. Les machines transfigurées semblent être des monstres voraces et elles réactivent la figure mythique de l’ogre.

Les vidéos de Tania Mouraud jouent de l’écart entre distanciation et excès, obtenant par ces modes opposés les mêmes effets. Le dispositif spatial de l’exposition invite au cheminement. Comme dans la forme du conte, le spectateur est invité à une sorte d’initiation terrible au travers d’épreuves visuelles et sonores.

Au terme de ce parcours qu’aurons-nous appris ? Les œuvres de Tania Mouraud ne veulent rien imposer au spectateur. Nous aurons alors plutôt vécu une expérience de l’empathie et de l’altérité.


CITATION

"Il est des choses qui ne doivent être abordées que dans la crainte et le tremblement, la mort en est une sans doute, et comment au moment de filmer une chose si mystérieuse, ne pas se sentir un imposteur".

Jacques Rivette, "Le travelling de kapo" in "Les cahiers du cinéma".


(1) Le groupe Zero rassemble, à partir de 1957, des artistes internationaux de manière occasionnelle. Zero exprime la volonté d’un renouveau artistique et de donner forme à la notion d’universalité. L’utilisation de la lumière est au centre des expériences menées par Otto Piene, Hans Mack et Gunther Uecker.

> www.taniamouraud.com


CATALOGUE

Tania Mouraud, Exhausted laughters 

TANIA MOURAUD, "EXHAUSTED LAUGHTERS"

Textes : Lorand Hegyi, Martine Dancer, Alexandre Constant, entretien avec Ashok Adicéam / Langues : bilingue français - anglais / Édition : Nicolas Chaudin / Date de parution : dépôt légal mai  2014 / ISBN 9782350391779 / Prix : 28 euros / En vente à La Boutique du musée / En consultation à la bibliothèque Jean Laude.

> La Boutique / Catalogues des expositions


RENCONTRE AVEC TANIA MOURAUD


> consulter la vidéo (Dailymotion ; durée : 15'50")


ON EN PARLE

À LIRE

Publié le 14.08.2014
lemonde.fr
"Tania Mouraud et Djamel Tatah, deux modes de relation visuelle à l'Histoire", par Philippe Dagen
> Lire

www.artpress.com
"Tania Mouraud, 'Exhausted Laughters', Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Etienne - ", par Julie Crenn

> Lire

  
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